La peau de cet oignon est délicieuse: les leçons de la Rue Rebière (version française)

Print Friendly, PDF & Email
Logements (Raphaëlle Hondelatte & Mathieu Laporte), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Raphaëlle Hondelatte & Mathieu Laporte), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

To read the English version, click here.

Un projet de 180 logements bâti par Paris-Habitat, un secteur de la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) de la Porte Pouchet, Paris 75017.

Architectes:
Périphériques (architectes conseil auprès de la maîtrise d’ouvrage)

Et les immeubles, de l’ouest à l’est: Raphaëlle Hondelatte & Mathieu Laporte (lots 01-02), Atelier Bow-Wow (lots 03-04), Stéphan Maupin (lots 05-06), Avignon-Clouet Architectes (lots 07-09), Atelier Provisoire (lots 08-16), Cedric Petitdidier & Vincent Prioux (lots 10-11), Rousselle & Laisné Architectes (lots 12-13), Gricha Bourbouze & Cécile Graindorge (lots 14-15), EM2N (lots 17-18).

Si Paris est une ville qui, grâce à ses fortifications successives, imite la forme d’un oignon, le site du nouveau îlot expérimental dans la rue Rebière au dix-septième arrondissement de Paris serait la dernière membrane avant la peau. Le site est 620 mètres de long sur 12.6 mètres de large, coincé entre la Cimetière des Batignolles et la rue Rebière, une rue peut-être trop timide ou même grincheuse à admettre les rues transversales. Au nord du cimetière gronde la Périphérique sur un viaduc et sur l’autre côté de la rue est le lycée Balzac, un bâtiment pas terrible, mais pas terriblement accueillant. C’est, en bref, exactement le genre de site à séduire un jeune architecte, particulièrement pour les logements et surtout les logements sociaux.

Tour Bois le Prêtre, Paris (1959-61, renovée en 2011 par Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ). Photo © 2012 Alan Miller.

Le Tour Bois le Prêtre, Paris (1959-61, renovée en 2011 par Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ). Photo © 2012 Alan Miller.

L’invention de ce site bizarre est un bon exemple de l’urbanisme d’alchimie. Avant sa transformation, la rue Rebière appartenait au genre des rues surdimensionnées que l’on retrouve aux périphéries de beaucoup de villes, même les plus belles, où personne ne dessine rien pour les êtres humains (actuellement on peut voir la rue en travaux sur Google Street View). Le quartier était le sujet d’une étude urbaine par la Ville de Paris depuis de nombreuses années. Les logements sociaux construits avant la Périphérique, deux tours parmi eux, étaient trop exposés a ses nuisances, son bruit et sa pollution. On à fait la proposition de démolir la tour la plus proche à la Périphérique, la tour Borel, et de restructurer radicalement les autres deux bâtiments, la tour et la barre Bois le Prêtre (la rénovation de la tour Bois le Prêtre à remporté le prix de l’Equerre d’argent pour la meilleur nouvelle architecture en France de 2011).

La Ville de Paris et Paris-Habitat, l’agence chargée de construire et d’administrer les logements sociaux à Paris, ont accepté cette proposition ambitieuse. Afin de reloger les résidents de la tour Borel, il était décidé de déclasser une partie de la rue Rebière et d’y construire un îlot de logements sociaux. Aux années 1960 on peut y imaginer la construction d’une barre de six cent mètres, laquelle aurait peut-être surplombé de façon menaçante le cimetière. Au lieu de cette brutalité, Paris-Habitat a décidé d’engager neuf architectes assez jeunes, sept français, un suisse et un japonais, afin de construire 190 appartements (140 logements sociaux). Le processus a pris la forme d’un workshop, coordonné par l’atelier parisien Périphériques et consacré à l’invention de cette nouvelle rue, une rue que Robert Venturi peut appeler, élogieusement bien sûr, un “difficult whole.”

Ce genre de processus est trop rare dans le monde architectural. Comme le célèbre Grand(s) Paris, mais avec un but plus net, le workshop de la rue Rebière exigeait la collaboration plutôt que la compétition. Le résultat, quoique trop neuf à juger définitivement, est une nouvelle démarche dans la construction des logements sociaux ainsi qu’un défi, soit doux, à Paris lui-même. On a du mal à l’admettre, mais les matériaux (zinc, plâtre, pierre) et les usages (logements et bureaux en haut, boulangeries, boutiques, salons de coiffures et agences immobilières au rez de chaussée) de certaines rues de Paris donnent à la fois une charme et une monotonie. La nouvelle rue Rebière me semble une réaction, au niveau de forme plutôt que programme bien entendu, contre cette rue parisien traditionnelle, pas du tout la réponse définitive mais un troisième choix par rapport aux beaux quartiers et grands ensembles. Quoique les grands ensembles prennent quelquefois une géométrie bizarre, leur matériaux sont presque toujours les mêmes — l’acier, le béton et la verre. À la rue Rebière il y a un véritable éventail de matériaux — du bois (Rousselle and Laisné Architectes), de la plastique translucide (Gricha Bourbouze and Cécile Graindorge), une façade plantée (Avignon-Clouet Architectes) et bien sûr la verre, l’acier et le béton en couleurs et grains divers.

Logements (Rousselle & Laisné Architectes), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Rousselle & Laisné Architectes), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Le but de cette variété est pratique. Les neuf projets fournissent une diversité de logements pour répondre aux besoins divers des résidents. Je ne les ai pas pu visiter à l’intérieur, et l’épreuve de leur réussit prendra du temps, mais tous les projets offrent des avantages importants par rapport à la plupart des appartements parisiens. Beaucoup de ces appartements ont trois ou quatre orientations, belles vues dégagées et grandes balcons ou terrasses à l’extérieur. Le site est à la fois difficile et favorable. Son étroitesse encourage la ventilation naturelle, l’orientation vers la rue est au sud et plusieurs projets “empruntent” aussi le grand paysage du cimetière au nord.

Logements (Avignon-Clouet Architectes), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Avignon-Clouet Architectes), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Le workshop a réussi à créer une harmonie ludique entre les neuf projets. La nouvelle rue plait parce qu’ aucune projet la domine, situation assez étonnante en considérant sa variété des formes, couleurs et styles. La présence de la rue semble changer à chaque rencontre. Pendant ma deuxième visite, enfin ensoleillée, j’ai admiré beaucoup le projet d’Avignon-Clouet avec ses formes oniriques, où ce que l’architecte appelle “la petite usine à manger et à se laver” avait sa propre expression par rapport aux salons et chambres qui sont dans une petite tour de façade plantée. Les jeux de transparence et de translucidité du projet le plus minimaliste de la rue, de Gricha Bourbouze and Cécile Graindorge, sont devenus tout à coup vivants dans le soleil. Le plus “flashy” est peut-être la création de Stéphane Maupin. C’est un immeuble qui prend la forme d’un M (mais sans aucune McDo…), avec les appartements et leurs balcons grimpants la pente du “val” résultant. Les toits pointus dans ce val évoquent l’atmosphère d’un petit village sur une colline.

Logements (Gricha Bourbouze & Cécile Graindorge), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Gricha Bourbouze & Cécile Graindorge), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Stéphan Maupin), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Stéphan Maupin), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Raphaëlle Hondelatte & Mathieu Laporte), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Raphaëlle Hondelatte & Mathieu Laporte), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

C’est charmant, mais la petitesse du val peut donner du mal à garder la vie privée dans les appartements. On imagine que les résidents y mettront les écrans pour exclure la vue de leurs voisins. La rôle de la vie des résidents est un aspect très intéressent dans tous les projets. Dans un entretien récent avec François Chaslin sur France Culture, les architectes semblaient encourager les interventions des résidents. Rue Rebière renonce à la pureté des célèbres logements à Pessac (1925) de Le Corbusier, fameux pour la manière dont les résidents ont corrompu (ou enrichi) l’architecture avec leurs goûts personnels, les toits pointus surtout. Je crois que il y ait une vrai différence entre une architecture dans laquelle on peut mettre ses propres immeubles et les Gesamkunstwerke où il faut que chaque détail exprime la sensibilité d’un auteur, même les pantoufles du propriétaire. Il s’agit d’une architecture des traces contre une architecture des objets. Pessac était une architecture qui cherchait la perfection lorsque la rue Rebière me semble incomplète sans la présence des vélos ou des cordes de linge ou pots plantés sur les balcons. Le projet à l’ouest de la rue Rebière (de Raphaëlle Hondelatte and Mathieu Laporte) est une architecture qui accueille la vie imprévisible des êtres humains qui y habiteront. Ses énormes balcons, de couleur et forme vives, expriment une idée très simple, pas chères à construire mais qui font toute la différence entre les “logements sociaux” et les véritables maisons verticales. Il n’est pas seul, ce projet. Atelier Bow-Wow montre un économie comparable avec leur façade éparpillée de trois types de balcons, un effet très graphique. Les grands balcons surplombants de l’immeuble “horizontal” de Rouselle et Laisné créent une forme très dynamique montrant, encore, un esprit débrouillard.

Logements (Atelier Bow-Wow), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Atelier Bow-Wow), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Rousselle & Laisné Architectes), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Logements (Rousselle & Laisné Architectes), rue Rebière, Paris. Photo © 2012 Alan Miller.

Le projet de la rue Rebière représente un changement dans le monde architectural. Il ne renonce pas l’architecture des “icons” autant qu’il répond aux questions les plus intéressantes. La plus importante de ces questions — comment construire les logements dans une ville? — n’a pas changée depuis l’époque de Le Corbusier, mais les réponses sont actuellement beaucoup plus imaginatives. Inévitablement j’ai vu la rue Rebière à travers l’histoire récente de l’urbanisme de Sydney, la ville que j’habite. Il est mieux de trouver les nuances dans une comparaison, surtout entre les villes, mais la différence entre la rue Rebière et ce qui se passe à Sydney est la différence totale entre un urbanisme de Goofus et un urbanisme de Gallant (surtout après la réponse accueillante donnée par le premier de la Nouvelle-Galles de Sud à la proposition de James Packer à construire un énorme casino à Barangaroo, une vision effrayante après l’univers alternatif de Biff dans le film Back to the Future II (1989), mais c’est une digression…). Gallant est un urbanisme qui souvient, donne, transforme, adapte, réutilise et rénove, lorsque l’urbanisme de Goofus oublie, accable, gâche, abuse et anéantit. La nouvelle rue Rébière et la rénovation de la tour Bois le Prêtre répondent dans une façon ludique et imaginative aux circonstances écologiques, culturelles, sociales et politiques de Paris, mais il n’y a aucune manque de rues Rebières dans les villes du monde et il y en a plus dans une ville aussi éparpillée que Sydney qu’à Paris. Il doit être facile à réunir les sites qui ont besoin de transformation avec les architectes doués qui veulent les transformer. Le processus et le résultat du projet rue Rebière montre un alternatif à l’urbanisme destructif qui a blessé un quartier comme Ku-ring-gai, un quartier de grands arbres au nord de Sydney. Surtout ce projet nous apprend qu’il faut expérimenter avec l’architecture et quand on expérimente, on doit expérimenter avec un esprit généreux.

Alan Miller

About Alan Miller

Alan Miller is a graduate of the Sydney University Faculty of Architecture and the Tisch School of the Arts at New York University. A fanatical cyclist, he is a former Sydney Singlespeed Champion. He reports on cycling, film, architecture, politics, photography and various mixtures of the above.

A tip for our readers: How to get the most out of New York Arts and The Berkshire Review for the Arts.
What if I hate reading on computer screens, even tablets?
We get occasional inquiries from readers about whether we plan to launch a print edition of our arts journals. The answer is that we've given it some thought, and we're still thinking about it.
It is not only our older readers who object to reading them online. There are even some millennials who would rather read from paper. One of our readers got the simple idea of using the sites as sophisticated tables of contents. She prints out each article on three-hole paper and files them in a loose-leaf album. I've devoted a lot of time to finding the very best print and pdf facility there is. Just click on one of the icons at the top right of the article and print!
Click here to make your tax-deductible donation to The Arts Press, publisher of New York Arts and The Berkshire Review. Or click on the notice in the sidebar. The Arts Press is a sponsored project of Fractured Atlas, a non-profit arts service organization. Contributions for the charitable purposes of The Arts Press must be made payable to“Fractured Atlas” only and are tax-deductible to the extent permitted by law.